Les calendriers
Mesurer le temps
Les premières tentatives d'enregistrement du temps ont plus que probablement été faites à partir de l'observation des phases lunaires. Des os plats portant des encoches gravées furent découverts lors de fouilles, en 1962, près du lac Turkana (à l'époque lac Rodolphe) au nord du Kénia. L'interprétation moderne de ces successions d'incisions, et de leurs formes, laisse à penser qu'elles pourraient indiquer le décompte des jours entre les différentes phases de la Lune. La couche d'où est extrait cet os est datée de −8 500. Des ossements encore plus anciens, remontant au paléolithique supérieur (env. −20 000), ont été trouvés en Ukraine et en République Tchèque ; ils portent des encoches taillées selon la même logique.
Calendriers lunaire et luni-solaire
Le Soleil a rendez-vous avec la Lune,
Mais la Lune n'est pas là et le Soleil l'attend.
Charles Trénet (1913 - 2001)
Le cycle régulier des phases lunaires, très facile à observer, a rendu cette utilisation aisée… un certain temps. Car si la face de notre satellite change suivant des cycles immuables, elle n'est guère coopérante pour annoncer avec certitude le retour des saisons, renseignements dont une civilisation essentiellement composée de cultivateurs et de chasseurs avait le plus besoin. En effet, la période synodique (du grec synodos = rencontre) de la Lune n'est pas un multiple entier de jours : sa durée (moyenne) exacte est de 29,530 59 jours, soit 29 jours 12 heures 44 minutes et 3 secondes. L'alternance de mois de 29 et 30 jours fut la solution adoptée par bon nombre de civilisations pour égrener le temps. Ce manque de coordination entre le cycle lunaire et celui des saisons a ainsi parallèlement stimuler la réflexion et l'intérêt pour l'observation astronomique des levers héliaques.
Pour des populations vivant principalement de l'agriculture, dont le rendement encore faible était plus que jamais lié au cycle solaire, il devint primordial de mettre en vigueur un calendrier de type luni-solaire. En théorie c'est très simple : faire concorder l'année tropique avec un nombre entier de lunaisons. Comble de malchance, la mécanique céleste étant l'œuvre d'un Dieu visiblement un peu fâché avec l'arithmétique, l'année tropique n'est pas un multiple entier de périodes synodiques, elle en contient 12,368.
Aussi a-t-il fallu recourir à quelques artifices : on a périodiquement ajouté une journée, voire même un « mois conventionnel », à l'année pour parvenir à conserver un accord suffisamment correct entre les deux cycles.
Le calendrier chaldéen
Le premier calendrier chaldéen était de type lunaire. L'année était composée de 12 mois alternés de 29 et 30 jours, dans l'ordre : Nisanu, Aïru, Sivanu, Douzu, Abu, Elulu, Tashritu, Arajshamma, Kisilivu, Thebitu, Shabatu et Addaru. Elle contenait donc 354 jours, soit un décalage de plus de 11 jours avec l'année tropique. Au bout de 8 années l'écart correspondait à une saison entière. Conséquence : Hammurabi (également Hammourabi, Hammu-rapi ou Khammurabi), roi de Babylone entre 1792 et 1750 avant notre ère, instaura par décret un nouveau calendrier. L'année restait composée de 12 lunaisons de 29 et 30 jours, mais tous les trois ans elle en contenait 13 par doublement de la dernière. Ce système n'étant pas en parfait accord avec l'année tropique, les intercalations ne se firent pas toujours selon ce critère strict. La chronologie chaldéenne contient en effet plusieurs années consécutives de 13 mois. Les hébreux, beaucoup moins versés dans l'astronomie et la surveillance des levers héliaques, adoptèrent celui des chaldéens avec qui ils étaient en contact depuis leur fuite d'Égypte (−1645). Ils utilisaient également un mois intercalaire qualifié de mois embolismique dont l'usage empirique était décidé par des prêtres… si les récoltes annuelles n'étaient pas mûres à temps !
Les chaldéens utilisaient deux systèmes de numération : l'un décimal, l'autre duodécimal. C'est d'après ce système qu'ils ont divisé leur jour en 12 périodes de deux heures (kasbu) à raison de soixante minutes par heure (60 est divisible par tous les diviseurs de 10 et de 12). Leur jour commençait… au coucher du Soleil ! Cette division était mesurée par une méridienne le jour et une horloge à eau (clepsydre) la nuit. Les hébreux, en revanche, avaient bien adopté un jour commençant à l'aube mais divisé en 8 parties. Ce sont eux qui ont introduit l'usage de la semaine, qui découle probablement du désir de découper chaque lunaison en quatre parties comme autant de phases lunaires (7 est en effet le quotient entier de 29,5 par 4). Il existe cependant bien d'autres théories pour expliquer ce chiffre 7, des plus crédibles aux plus farfelues. Vers le IIIe siècle de notre ère, ce modèle de la semaine devint la règle à travers tout l'empire romain.
Le calendrier égyptien
Le calendrier des débuts de la civilisation égyptienne (établi 10 000 ans avant notre ère) est basé sur une année divisée en douze parties égales de 30 jours, subdivisées en décades. Il est possible, mais non-avéré, que ce découpage soit en rapport avec la mesure en degré de la circonférence héritée des chaldéens. Le système est simple mais également imprécis, malgré l'adoption par la suite (vers −4200) d'années vagues qui comprenaient 5 jours supplémentaires appelés épagomènes. En dépit de son mauvais ajustement avec l'année tropique, il resta en vigueur pendant 4 000 ans. La civilisation égyptienne s'est développée sur les bords du Nil, rythmée par les crues annuelles du grand fleuve. C'est à Héliopolis (Cité du Soleil) que des prêtres remarquèrent que l'arrivée de ces inondations régulières coïncidait avec le lever héliaque de Sothis (aujourd'hui Sirius) alors proche du solstice d'été. C'est ce lever héliaque de Sirius en pleine chaleur, dans la constellation Canis Majoris (le Grand Chien), qui est à l'origine du mot canicule. En raison de la précession des équinoxes cette concordance n'existe plus, aujourd'hui ce lever a lieu début août.
| Akhet | Peret | Chemou |
|---|---|---|
| Thoth | Tybi | Pachon |
| Paophi | Mechir | Payni |
| Athyr | Phamenoth | Epiphi |
| Choeac | Pharmouti | Mesori |
L'année égyptienne était alors divisée en trois saisons : celle des crues et inondations (Akhet), celle du retour du fleuve dans son lit et des semailles (Peret) et celle du niveau le plus bas atteint par le fleuve et des moissons. Chaque saison était partagée en quatre périodes de trois décades. Du fait que l'année contenait 365 jours, il existait encore un retard d'un jour tous les quatre ans. En −237, Ptolémée III tenta de le corriger en incorporant un sixième jour épagomène tous les 4 ans ; sa réforme resta confinée aux actes administratifs. Car, parallèlement à ce calendrier officiel, subsistait le calendrier « populaire » avec l'alternance des mois de 29 et 30 jours et un calendrier « agricole » uniquement basé sur le lever héliaque desétoiles Étoile : elle se forme à partir d'un nuage de gaz qui s'effondre sous l'effet de la gravitation. Si la masse du nuage est suffisamment importante, la concentration de la partie centrale peut atteindre les conditions nécessaires aux réactions thermonucléaires.Glossaire. L'accord entre calendrier et saisons ne revenait que tous les 1 461 années, cette période était appelée période sothiaque.
Le calendrier musulman
Le calendrier musulman est exclusivement de type lunaire, selon le principe du premier calendrier chaldéen. Il alterne 12 mois de 30 et 29 jours, soit 354 jours. Comme le mois moyen des musulmans est de 29,5 jours, il retarde de plus de 43 minutes sur le mois synodique. Au bout de 30 années islamiques, il existe un décalage de 11 jours avec les phases de la Lune. Aussi, dans un cycle de 30 ans, 11 années voient leur dernier mois doté d'un jour supplémentaire. Ces années, qualifiées d'« abondantes » par opposition aux autres dites « communes », correspondent aux années 2, 5, 7, 10, 13, 16,18, 21, 24, 26 et 29 du cycle. Les mois ne commencent pas par une date conventionnelle, mais à partir du moment où au moins deux hommes (dignes de foi) ont observé le premier croissant de Lune suivant une Nouvelle Lune. L'origine de ce calendrier est l'Hégire, soit l'exil du prophète Muhammad (Mahomet) à Médine le 16 juillet 622 suivant notre système de datation actuel. Il fut instauré 17 ans après l'événement.
| Nom | Jours | Nom | Jours | Nom | Jours |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 – Mouharram | 30 | 2 – Safar | 29 | 3 – Rabi al Awal | 30 |
| 4 – Rabi at Tani | 29 | 5 – Djoumada al Oula | 30 | 6 – Djoumada at Tania | 29 |
| 7 – Radjab | 30 | 8 – Chaaban | 29 | 9 – Ramadan | 30 |
| 10 – Chawwal | 29 | 11 – Dou al Qada | 30 | 12 – Dou al Hidjia | 29/30 |
Le calendrier romain
Bien que nous manquions d'informations directes (et souvent contradictoires) sur son origine, il s'avère qu'il était basé sur le cycle lunaire et ne pouvait ainsi s'accorder avec le rythme des saisons. De plus sa prime genèse serait d'ordre religieuse, et comme souvent en ce domaine il est difficile de discerner la part du mythe de la véracité historique. Il est également appelé Calendrier de Romulus et on le fait débuter à la date de la fondation de Rome — qui relève également plus de la mythologie que de l'histoire — laquelle correspondrait au 21 avril de l'année −753 de notre ère. Chaque mois était inégalement structuré autour de trois célébrations romaines : les calendes, les ides et les nones qui correspondaient antérieurement à la Nouvelle Lune, au Premier Quartier et à la Pleine Lune. Les Romains utilisant le système décimal, il comptait logiquement 10 mensis (vieux nom latin de la Lune) alternés de 30 et 29 jours : Martius dieu de la guerre, père de Romulus et du peuple romain est le premier honoré ; Aprilus est le mois de la terre qui s'ouvre ; Maïus est réservé au dieu de la croissance ; Junius à Junon la protectrice du mariage ; puis viennent désignés par leur numéro d'ordre : Quintilis, Sextilis, September, October, November et December.
Une importante retouche à ce calendrier fut apportée sous le règne de Numa Pompilius, deuxième roi de Rome vers −700, en créant les mois de Januarius voué à Janus, le dieu des portes doté d'une tête à deux faces opposées, et Februarius dédié à la mort et aux purifications. La véracité de l'attribution de cette réforme à Numa Pompilius lui-même semble bien être l'œuvre d'interprétations antiques. Le placement du mois de januarius, dédié à Janus le dieu aux deux faces (l'une tournée vers le passé, l'autre regardant l'avenir), semble être alors au onzième rang. Certains spécialistes s'accordent pour déplacer l'utilisation du mois de janvier en début d'année à une date bien ultérieure : vers −450, voire −153. Afin d'être également en accord avec les superstitions qui tenaient les nombres pairs pour néfastes, les durées des mois furent portées à 29 et 31 jours, excepté Februarius qui, étant consacré aux morts, pouvait garder une valeur paire de 28 jours.
| Rang | Avant réforme | Jours | Après réforme | Jours |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Martius | 30 | Martius | 31 |
| 2 | Aprilus | 29 | Aprilus | 29 |
| 3 | Maïus | 30 | Maïus | 31 |
| 4 | Junius | 29 | Junius | 29 |
| 5 | Quintilis | 30 | Quintilis | 31 |
| 6 | Sextilis | 29 | Sextilis | 29 |
| 7 | September | 30 | September | 31 |
| 8 | October | 29 | October | 29 |
| 9 | November | 30 | November | 31 |
| 10 | December | 29 | December | 29 |
| 11 | Januarius | 29 | ||
| 12 | Februarius | 28 |
Dans le souci de rester en accord avec le cycle des saisons, on intercala tous les deux ans un mois supplémentaire d'une vingtaine de jours (la durée exacte était fixée en fonction du retard à combler). La modification avait lieu le dernier mois de l'année, entre le 23 et 24 februarius. Cette décision était prise par les autorités religieuses, la plupart du temps de façon totalement anarchique et différemment selon les lieux. Cette durée variable devint très vite une source de corruption politique, étant utilisée de manière à favoriser ou contrecarrer les plans des amis ou adversaires. Ce calendrier fut maintes fois remanié, ce qui ne fit qu'aboutir à une confusion encore plus grande : en −46, il y avait trois mois d'écart par rapport à l'année tropique.
Le calendrier julien
Ce décalage amena Jules César à promulguer une nouvelle réforme du calendrier. Après une meilleure estimation de l'année tropique et sous les conseils de l'astronome Sosigène d'Alexandrie, l'année civile devint séparée de l'année lunaire et portée à 365 jours. Les 12 mois prirent une durée alternée de 31 et 30 jours, excepté février qui n'en comptait que 29. Le début de l'année fut fixé au jour de l'entrée en fonction des consuls, soit le 1er januarius. Après une année de confusion de 455 jours, ce nouveau calendrier, qui prit le nom de calendrier julien, commence ainsi officiellement le 1er janvier −44 suivant la nomenclature actuelle. Afin de garder l'accord avec l'année tropique, on incorporait un jour supplémentaire tous les quatre ans au mois de februarius. Ce jour était intercalé entre le 23 et 24 februarius, à la même place que le mois intercalaire de l'ancien calendrier. Le 24 februarius étant le sixième jour avant les calendes de mars portait le nom de « sexto ante calendas martis ». Le jour intercalaire, considéré comme un simple doublement de ce 24 februarius, prenait le nom de « bis sexto ante calendas martis », qui a donné son nom à nos années bissextiles.
Jules César meurt assassiné peu après l'instauration de son calendrier. Le mois Quintilis, étant celui de sa naissance et de surcroît sans consécration propre, fut rebaptisé Julius en son honneur. Curieusement sa réforme est mal appliquée, les années bissextiles viennent tous les 3 ans, et une certaine confusion règne à nouveau. Octave, l'un de ses successeurs qui se verra vite offrir le titre impérial d'Augustus par le Sénat, se charge de remettre les « pendules à l'heure » en suspendant les années bissextiles durant 12 ans. En guise de remerciement il se verra attribuer le mois suivant, porté pour l'occasion à un nombre de jour égal à celui de Julius (31). Ainsi s'explique la succession de 2 mois de 31 jours au milieu de notre année. Afin de ne pas en avoir un troisième consécutif et de garder la valeur de l'année à 365 jours, les mois suivant permutent leurs durées et le mois de février redescend à 28 jours.
À l'exception de la semaine qui n'est pas encore adoptée, le calendrier julien, après la réforme d'Auguste, a pratiquement la forme que nous lui connaissons aujourd'hui. Il restera en vigueur jusqu'à la fin du XVIe siècle.
| Rang | Calendrier julien | Jours | Après réforme | Jours |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Januarius | 31 | Januarius | 31 |
| 2 | Februarius | 29 ou 30 | Februarius | 28 ou 29 |
| 3 | Martius | 31 | Martius | 31 |
| 4 | Aprilus | 30 | Aprilus | 30 |
| 5 | Maïus | 31 | Maïus | 31 |
| 6 | Junius | 30 | Junius | 30 |
| 7 | Quintilis | 31 | Julius | 31 |
| 8 | Sextilis | 30 | Augustus | 31 |
| 9 | September | 31 | September | 30 |
| 10 | October | 30 | October | 31 |
| 11 | November | 31 | November | 30 |
| 12 | December | 30 | December | 31 |
La réforme grégorienne
L'année tropique est égale à 365,242 2. L'année julienne est basée sur une durée de 365,25 jours, elle est donc plus longue d'un peu plus de 11 mn, soit un jour plein par période de 128 ans. L'écart était déjà de près de 3 jours en l'an 325.
En cette année 325 se réunit le premier concile œcuménique reconnu de l'histoire : celui de Nicée. Il devait (entre autre) fixer la date officielle de Pâques qui, selon la règle, est le premier dimanche après la Pleine Lune qui suit l'équinoxe de printemps. Malgré la nécessité évidente de modifier le calendrier julien, il fut seulement décrété que l'équinoxe de printemps aurait désormais lieu tous les 21 mars et l'on ne prit pas soin de corriger la durée de l'année. L'erreur, pensait-on à l'époque, venait de ce que l'astronome Sosigène d'Alexandrie (1er siècle avant notre ère) avait mal déterminé la date de l'équinoxe. Ainsi, l'écart entre le 21 mars et l'équinoxe (vraie) continua d'augmenter.
Ce n'est qu'au XIIIe siècle que l'on comprit que ce décalage provenait d'une valeur erronée pour la longueur de l'année. En accord avec les astronomes, les théologiens réexaminèrent le problème au 16e concile de Constance (1414-1418) puis à celui de Trente, réclamé lui depuis un demi-siècle (1545-1563). Ce dernier confia le soin de la réforme… au Saint-Siège ! En 1570, le pape Grégoire XIII nomma une commission présidée par le cardinal Sirleto, assisté d'un savant jésuite : Christophoro Clavio (astronome et mathématicien d'origine allemande plus connu sous le nom de Clavius, mais de son vrai nom Christoph Schlüssel, 1537-1612), d'un théologien : Vincenzo Laureo, et d'un juriste français : Séraphin Olivier. L'affaire fut également étudiée dans les universités catholiques d'Alcalà, Louvain, Padoue, Paris et Salamanque. Cette commission s'inspira très largement des travaux de l'astronome italien Luigi Giglio (Aloysius Lilius, 1510-1576). Après son décès, son projet de réforme fut remis par son frère au pape Grégoire XIII. Luigi Giglio est certainement le véritable architecte du calendrier grégorien. Le 24 février 1582, un acte émanant du pape institua le nouveau calendrier. Les 10 jours surnuméraires (l'équinoxe tombait alors le 11 mars) seront supprimés, ainsi le jeudi 4 octobre 1582 sera immédiatement suivi du vendredi… 15 octobre 1582. (En France on passa du dimanche 9 au lundi 20 décembre 1582 et notre calendrier moderne était né).
Cette décision de supprimer 10 jours provoqua un véritable tollé : les serviteurs réclamèrent leur mois de gage complet, évidemment leurs maîtres refusèrent, et d'une façon plus générale les citoyens virent d'un mauvais œil leur vie raccourcie par simple autorité papale. De plus, afin de garder l'accord avec l'année tropique, 3 jours devront être supprimés par période de 400 ans. Ainsi seules les années séculaires divisibles par 400 resteraient bissextiles, alors qu'elles l'étaient toutes dans le calendrier julien (1600, 1700, 1800, 1900, 2000 et 2100 sont divisibles par 4 et dans le calendrier julien elles sont toutes bissextiles ; avec le nouveau système, seules 1600 et 2000 sont divisibles par 400 et restent bissextiles, en revanche 1700, 1800, 1900 et 2100 ne le sont pas et deviennent des années « ordinaires »). Malgré cette amélioration, il subsiste une différence de 26 secondes entre l'année grégorienne et l'année tropique, mais il faut 3 300 ans pour atteindre un décalage d'une journée. La réforme fut adoptée par tous les états catholiques entre les années 1583 et 1587. Les protestants, ne pouvant accepter la réforme d'un pape catholique, firent de la résistance.
L'Angleterre ne se laissa convaincre qu'en 1752 après avoir retiré 11 jours et adopté le 1er janvier comme début d'année ; leur ancien calendrier faisait démarrer l'année le 25 mars. Tout en se gardant bien de l'appeler « grégorien », l'adoption du nouveau calendrier fit que le jour suivant le 31 décembre 1751 devint le 1er janvier 1752 (au lieu de 1751). De plus, afin de corriger les erreurs accumulées avec l'ancien calendrier julien, il fut décidé que le lendemain du 2 septembre 1752 serait le 14 septembre de la même année. Pas étonnant qu'en matière de chronologie, les historiens aient parfois bien du mal à s'y retrouver. Le Japon se rallia au groupe le 1er janvier 1873 (dans la réalité, il semblerait qu'il ne soit utilisé que parallèlement à l'ancien système des années de règne). Les pays orthodoxes furent encore plus longs à résister : Russie en 1919 et Turquie en 1924. La Chine, jusqu'à la fondation de la République en 1911, combinait les titres des années de règne aux années lunaires. Ensuite, en passant à une année solaire, les dates furent calculées à partir… du début de la République. Le calendrier grégorien fut finalement adopté en 1949. Officiellement seulement, car si l'administration et les structures officielles respectent le calendrier grégorien, le peuple suit toujours le calendrier traditionnel pour les fêtes et les célébrations.
Le calendrier républicain
Le calendrier grégorien, malgré ses défauts, peut être considéré comme un excellent calendrier solaire et n'a pas été remplacé. Les turpitudes de la vie politique tentèrent cependant de le rayer en imposant un calendrier républicain. À la révolution française, la Convention créa une commission de réforme sur proposition du professeur de mathématiques Charles Gilbert Romme (1750-1795) et du poète Philippe Nazaire François Fabre (dit Fabre d'Églantine, 1750-1794), l'astronome Pierre Simon de Laplace (1749-1827) y participa également. Cette Assemblée révolutionnaire décida, le 24 octobre 1793, l'adoption d'un nouveau calendrier qui libérerait la société de la tutelle de l'Église et de dater les actes publics de l'an 1 de la République à partir du 22 septembre 1792, la veille marquant l'abolition de la royauté. Ce calendrier adoptant une structure décimale, la semaine fut remplacée par la décade, chacun des jours portant un nom latin : primidi au lieu de lundi, puis duodi, etc. La journée était divisée en 10 heures, l'heure en 100 minutes et la minute en 100 secondes. Le decadi se substitua au dimanche et célébré par un culte civique. Les saints et les fêtes chrétiennes furent remplacés par les noms des grands hommes ayant contribué au progrès de l'humanité, par la mention des inventions, des arts, des sciences ou des techniques… ou le rappel des grands principes de la révolution : la jeunesse, la philanthropie, l'être suprême (?), etc. Les mois, baptisés par le poète Fabre d'Églantine, tirent leurs dénominations de phénomènes climatiques ou saisonniers : germinal, floréal et prairial pour le printemps ; messidor, thermidor et fructidor en été ; vendémiaire, brumaire ainsi que frimaire pour l'automne suivi de nivôse, pluviôse et ventôse. Malgré cette rigide logique (ou à cause d'elle), une année de 12 mois de 3 décades ne totalise que 360 jours. Pour faire le bon compte les jours additionnels reçurent des noms altiers : Vertus, Génie, Travail, Opinion, Récompenses ainsi que la Sans-culottide pour les années bissextiles. À son arrivée au pouvoir, Napoléon s'empressera de rétablir le calendrier grégorien, le 10 nivôse an XIV redevient 31 décembre 1805, et ses fêtes religieuses traditionnelles.
D'autres tentatives infructueuses ne sont pas restées dans les annales. Pour la même raison : supprimer toute trace d'influence chrétienne, le gouvernement soviétique tenta d'imposer un calendrier révolutionnaire en 1929. Les mois, bien que conservant leurs noms grégoriens, passaient à 6 semaines de 5 jours, chacun étant simplement porteur d'un numéro. Les 5 à 6 jours supplémentaires nécessaires pour se recaler sur l'année tropique furent décrétés jours fériés. En 1940, l'URSS revenait au calendrier grégorien.
En France, d'autres essais ont été tentés : le philosophe Auguste Comte (1798-1857) conçut un calendrier fixe de 13 mois de 28 jours, avec les correctifs nécessaires. En 1887, le poète Gaston Armelin (1860-1941) tenta également un « calendrier universel ». Le projet, approuvé par 70 pays, sera dans un premier temps ajourné en raison de la Seconde Guerre mondiale ; repris en 1954, il se voit finalement rejeté suite à l'opposition du Vatican.
La semaine
Héritée des hébreux, cette disposition sera importée en occident par les romains avant le IIIe siècle de notre ère. Le mot « semaine » vient du latin septimana qui dérive de septem : sept. Les 7 jours qui la composent tirent leurs noms des 7 planètes visibles à l'œil nu. Ignorant la nature de ces astres, les romains avaient évalué leurs distances d'après leurs durées de révolution apparente. La plus rapide étant considérée comme la plus proche, on a selon la distance décroissante à la Terre : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure et Lune. L'ordre choisi par les romains était celui de l'influence des planètes sur la première heure de chaque journée. Cette influence était fonction de la distance (cette théorie est pardonnable car liée à une vision du ciel que pouvait avoir un homme il y a 2 000 ans) et Saturne se voyait attribuer la première heure du premier jour : le jour du sabbat. C'est « jour du sabbat », sabbati dies (et non Saturni dies !), qui donne notre samedi. Jupiter régissait la seconde heure, Mars la troisième…, la huitième revenait à nouveau à Saturne et le cycle recommençait inlassablement pour les 24 heures. La 25e heure se retrouvait ainsi sous l'influence du Soleil, la deuxième journée lui était consacrée. Notre dimanche (chrétien) vient de « jour du Seigneur », dies dominica. Le « jour du Soleil » donnera les Sunday, Sontag… Suivant le même principe, les journées suivantes se plaçaient tour à tour sous la domination de la Lune, de Mars, de Mercure, de Jupiter et enfin de Vénus. La semaine suivante redémarrait à nouveau sous la protection de Saturne. Le « jour de Saturne » était période de repos pour les romains, car dédié à la planète possédant la plus haute sphère et donc au plus grand pouvoir. Il était un jour de mauvais augure où toute activité humaine ne pouvait être que vouée à l'échec.
Désireux de rompre avec le polythéisme à l'origine des noms des jours de la semaine, certains groupes humains les ont remplacés par une simple numérotation. L'église catholique tenta également d'y mettre un terme dès l'implantation du catholicisme dans le monde romain. Bien que mettant à profit les croyances et les préjugés de ces derniers, elle ne parvint finalement qu'à faire adopter le dimanche comme jour de repos. C'est une loi de l'empereur Constantin qui ordonne, le 3 juillet 321, que le dimanche, appelé officiellement « le jour vénérable du Soleil », soit un jour de repos obligatoire pour les juges, les fonctionnaires et les plèbes urbaines. L'organisation du temps en semaine se trouve officialisée par cette loi.
La date julienne
Lorsqu'il s'agit de calculer la périodicité d'un phénomène astronomique, l'opération devient vite un véritable casse-tête avec un calendrier traditionnel ; sur des périodes de plusieurs années il faut également tenir compte des années bissextiles. Pour pallier ce défaut majeur, les astronomes utilisent leur propre calendrier, il ne connaît qu'une seule subdivision : le jour. L'utilisation de cet « almanach universel » remonte à 1849, elle revient à John Herschel (1792-1871). En réalité, il reprit des travaux effectués par le philosophe français, d'origine italienne, Giuseppe Giusto Scaligero (Joseph Juste Scaliger, 1540-1609). Ce dernier, essayant d'établir une première chronologie globale en coordonnant les multiples calendriers, avait déjà imaginé en 1583 une « période julienne » qu'il a décrit dans son Opus Novum de Emendatione Temporum. Elle est ainsi nommée par analogie avec le calendrier julien. Étant protestant, il refuse l'adoption du calendrier grégorien instauré le 24 février de l'année précédente par… un pape : Grégoire XIII ! Cette méthode lui permettait de passer beaucoup plus facilement d'un système de datation à un autre. L'origine de cette période julienne y était fixée à l'année -4712. Le choix de cette date n'est pas (totalement) arbitraire. Elle découle essentiellement de la volonté de placer l'origne le 1er janvier d'une année bissextile et de conserver quelques « traditions ».
La date origine fixée par Scaliger est en réalité le lundi 1er janvier ~4713. Le symbole ~ (tilde) placé devant la date indique qu'elle ne tient pas compte d'une année « zéro ». Conventionnellement, la première année précédent le début de l'ère chrétienne est notée −1 (ou 1 avant J.-C.). Cette année est bissextile, par extension les autres années bissextiles deviennent −5, −9, −13, etc, perdant ainsi leur divisibilité par 4. En notant 0 la première année de notre ère, la règle de divisibilité par 4 des années bissextiles se trouve conservée (elles deviennent : −4, −8, −12, etc. C'est cette notation, instaurée par l'astronome Jacques Cassini (1677-1756) en 1740, qui est utilisée dans le calcul des éphémérides. Elle permet de correctement calculer le nombre d'années séparant une année « négative » d'une année « positive ».
Suivant l'usage des astronomes de l'époque, John Herschel fit débuter son calendrier… à midi ! Le premier « jour » étant numéroté 0, le jour 1 de ce calendrier ne commence que le deuxième jour à midi (Temps Universel). Ainsi suivant cette convention, le jour julien 0 commence le 1er janvier −4712 à 12 h et le début de notre année 2000 équivaut à la date julienne 2 451 544,5. Il est évidemment possible d'exprimer des fractions de date julienne. La date julienne est la durée écoulée depuis le 1er janvier −4712 à 12 heures. Elle est exprimée en jours avec fraction décimale. Le jour julien est la partie entière de cette date julienne.